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Les nouvelles frontières du Web 3.0

Les nouvelles frontières du Web 3.0

Publié le 22 janvier 2022
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C'est le buzzword de ce début d'année. Le Web 3.0, présenté comme le troisième chapitre d'internet, entend redonner le pouvoir aux internautes. Au cœur de cette nouvelle révolution : la blockchain, la décentralisation de l'information et des données qui convoquent à la fois cryptomonnaies, NFT, réalité virtuelle ou encore le cloud

Définition d'un concept encore flou, enjeux et opportunités... pour débroussailler les nouvelles frontières du Web 3.0, nous avons échangé, le jeudi 20 janvier 2022, avec Kati Bremme – qui a récemment consacré un dossier à ce sujet dans le dernier Cahier des tendances de France Télévisions –, Yoann Lopez, fondateur de la newsletter Snowball et Alexandra Klinnik, de la rédaction de Story Jungle.




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Qu'est-ce que le Web 3.0 ?

Yoann Lopez – Le Web 3.0 a succédé au Web 1.0 et au Web 2.0. Dans le Web 1.0, les acteurs pouvaient uniquement diffuser de l'information. Le Web 2.0 a donné aux individus la possibilité de créer du contenu, de le partager. C'est l'avènement des réseaux sociaux et des applications comme Airbnb, avec des acteurs plus ou moins importants qui contrôlent et gèrent les flux d'information. Le Web 3.0, quant à lui, redonne le pouvoir aux individus. C'est une nouvelle version d'internet.

S'agit-il du retour au rêve du premier internet ?

Y. L. –
Oui. Il s'agit d'une décentralisation totale où il n'existe pas un seul Facebook, Apple, qui contrôle tout, mais des milliards d'individus qui sont maîtres de leurs propres données.
 
Kati Bremme – Le Web 1.0 est défini par le login et le mot de passe. Le Web 2.0 est lié au profil sur les réseaux sociaux, qui a permis aux géants de la tech de récolter nos données. Aujourd'hui, nous sommes dans les prémices du Web 3.0. Il permet d'être connecté avec son propre portefeuille, son wallet. Il existe un certain nombre de « gros mots » qui gravitent autour du Web 3.0, comme la blockchain ou le métavers, qui serait, dans le meilleur des mondes possibles, construit sur un modèle de Web 3.0.

D'où vient cette hype autour du Web 3.0 et des « gros mots » qui gravitent autour – métavers, NFT, blockchain ?

K. B. – Mark Zuckerberg a amorcé le mouvement en se lançant dans le métavers au mois d'octobre. Cet intérêt a provoqué une ruée vers l'or auprès des investisseurs et des médias alors que la blockchain ne date pas d'hier. Cette hype soudaine a enclenché des questions comme : « C'est quoi le Web 3.0 ? », « Comment fonctionnent les NFT ? »... Un certain nombre de personnes sont en mesure d'acheter des NFT sur internet, mais ce n'est pas à la portée de tous car il faut un wallet de cryptomonnaie, difficile à gérer. Les médias qui ont pour mission d'expliquer ce qui se passe dans le monde se sont jetés sur le dossier, sans forcément le comprendre eux-mêmes. 

Où est-ce que le débat a lieu ? Quelles sont les grandes plateformes où se situe la communauté Web 3.0 ?

Y. L. – Le débat se passe tout autant dans les médias mainstream que dans tous les recoins d'internet. Tous les gros projets crypto se passent sur Discord, mélange entre Slack et une plateforme audio. Dès qu'un projet NFT se crée, il y a souvent un Discord à côté.
 

Avez-vous un Discord animé à suggérer ?

Y. L. –
Il y en a des centaines. C'est intéressant d'y jeter un œil pendant les crises. J'ai suivi par exemple celle du nouveau projet Olympus DAO, une organisation décentralisée qui a fait beaucoup de bruit à la suite de la chute de son token. Twitter est également « the place to be » pour les crypto-enthousiastes.
 
K. B. – C'est drôle de voir que c'est encore une fois Twitter qui lance ce nouvel univers. L'application avait déjà été un tremplin pour Instagram.
 

Selon vous, pourquoi les médias doivent-ils impérativement s'intéresser au Web 3.0 ? Qu'ont-ils à gagner ?

K. B. – D'un point de vue général, les médias doivent s'intéresser à toute nouvelle technologie, tout nouvel usage émergent. Si demain nos auditeurs, nos utilisateurs, nos publics, sont plus massivement dans ces univers, nous devons impérativement comprendre ce qu'ils y font et ce qu'on peut leur offrir. La nouvelle étude de Kantar-Média pour La Croix sur la confiance des Français dans les médias est sans appel : les jeunes générations s'intéressent de moins en moins à l'information. Le Web 3.0 nous donnera la possibilité de récupérer ces audiences-là qui ne sont plus avec nous, médias historiques. Mais il faut d'abord que l'on comprenne les codes de cet univers. 

Le Web 3.0 est lié au métavers. Quelles initiatives concrètes voyez-vous ?

K. B. – Il faut distinguer Web 3.0 et métavers. Le Web 3.0 est une philosophie basée sur la décentralisation. Le métavers, quant à lui, est un univers virtuel dans lequel on peut interagir et qui est interopérable, dans le meilleur des cas. Il serait souhaitable que le métavers soit basé sur la philosophie du Web 3.0, afin qu'il ne soit pas entre les mains des mêmes personnes qui détiennent aujourd'hui les réseaux sociaux. C'est pourtant ce qui se passe avec Mark Zuckerberg et les autres géants de la tech qui lancent actuellement leur métavers.
 
L'interaction avec le public est le principal avantage du métavers pour les médias. Pour la génération Z et celle à venir, les univers virtuels sont des mondes familiers. Il faut qu'on soit capable d'offrir quelque chose de concret autour des marques. Si un blockbuster sort, on peut imaginer prolonger l'univers du film dans un métavers où je fais vivre les personnages, et où nos publics peuvent s'incarner dans un avatar. 

Le métavers représente aussi une nouvelle source de revenus avec la possibilité de vendre des NFT...

K. B. – Effectivement, les médias se sont d'abord approprié les NFT. Le New York Times a fait un article sur les NFT, pour, ensuite, le vendre en NFT. Il s'agit d'une véritable mise en abîme. Mais les premières problématiques apparaissent en même temps que les avantages. Des comptes YouTube ont été vendus en NFT sans l'accord des YouTubeurs concernés. Nous sommes au début d'une ère comparable à la genèse des réseaux sociaux : chacun pouvait s'approprier librement une musique sans se soucier des droits d'auteurs. C'est la même chose avec les NFT. Les médias possédant des contenus peuvent les monétiser en NFT, mais il existe de nombreux abus. Il est nécessaire de différencier l'utilisation que je fais de ma propriété et de la propriété d'autrui.
 

Que voyez-vous comme autres applications concrètes ?

Y. L. – 
Aux États-Unis, un collectif d'écrivains s'est retrouvé autour de plusieurs newsletters afin de donner vie au média Bankless. Il s'agit d'une organisation décentralisée où les lecteurs peuvent être contributeurs en votant à la direction de ce média, dédié à la blockchain.

Kyle Chayka, journaliste indépendant, utilise lui aussi les NFT de manière très concrète. Il est l'un des premiers à avoir lancé une newsletter – Dirt – financée par la vente de NFT. On pourrait imaginer qu'on puisse, plus tard, plutôt que de vendre un abonnement à un journal, vendre un NFT qui donnerait accès à plus de contenus. Les NFT, c'est un lopin de terre sur la blockchain qui nous appartient.
 

Le Web 3.0, promesse décentralisée ?

K. B. –
Le Web 3.0 propose une promesse d'internet décentralisée, sous des airs très matérialistes. On se connecte avec un wallet. C'est donc un réseau basé sur la propriété, même s'il ne s'agit pas forcément de la propriété d'une seule personne.

Ne serait-ce donc pas un peu mercantile ? Tout part du wallet ?

K. B. – Le Web 1.0 et le Web 2.0 étaient accessibles à tous. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas avec le Web 3.0. Si je n'ai pas un tant soit peu de « geekitude » dans mon utilisation d'internet, je ne peux pas y accéder. Je suis incapable de me créer un wallet de cryptomonnaies. Tout est basé sur la propriété. On plaisante, car on achetait des noms de domaine dans le Web 2.0, alors qu'aujourd'hui on achète des morceaux d'internet. Mais à partir du moment où on acquiert quelque chose, on est dans la propriété. Dans toute utopie, les richesses sont partagées de manière égale, mais ce n'est pas le cas dans la vraie vie. Les personnes qui achètent des fragments de métavers sont toutes les mêmes et tout se centralise déjà autour d'elles. Pour utiliser les NFT, on doit passer par Ethereum, qui appartient forcément à quelqu'un. 

Si je veux me développer sur Ethereum, dois-je payer une somme à quelqu'un ?

Y. L. –
Toutes les personnes qui veulent interagir avec Ethereum doivent payer les dizaines de milliers de personnes qui font tourner cette blockchain. Les paiements se font par des commissions qui s'appellent les « gaz fees ». Le coût est très élevé et c'est une des grandes critiques. Par exemple, j'ai voulu tester Olympus et investir 500 dollars dans ce projet. J'ai dû payer 100 dollars de commission. C'est colossal. Alors, imaginez si je voulais investir 20 dollars, il n'y aurait pas d'intérêt. Il s'agit d'un problème actuel. Malgré tout, de nombreuses blockchains tentent d'être plus accessibles, avec des commissions plus faibles. La future évolution d'Ethereum vise elle aussi à diminuer ces commissions. Il existe d'importants problèmes d'interface et d'expérience utilisateur dans cet univers. Même le mot wallet, qui veut dire porte-monnaie, porte à confusion. Pourquoi dois-je utiliser mon wallet pour me connecter à quelque chose ? Nous n'en sommes encore qu'au commencement et il reste beaucoup à faire pour que la blockchain soit accessible à monsieur et madame Tout-le-Monde.

La décentralisation est-elle un faux-nez ?

Y. L. –
Les gros projets crypto sont financés par des fonds d'investissement. Ces derniers peuvent détenir une partie du projet. Parfois, il y a même des fonds d'investissement qui vont participer à des ACO. Les ACO sont une façon de financer un projet. À la place d'acheter des parts, ils vont acheter des token, des crypto-monnaies qui leur donnent un droit de vote. Par exemple, les puissants fonds américains comme Andreessen Horowitz investissent des milliards dans les projets crypto. Jack Dorsey, le fondateur de Twitter qui est parti récemment, avait d'ailleurs lancé le pavé dans la mare. Pour lui, le Web 3.0 n'existe pas réellement, car il est censé être décentralisé et se retrouve entre les mains de quelques personnes. Selon moi, il est nécessaire de nuancer car on ne connaît pas le pouvoir réel des personnes qui ont investi, si celui-ci est vraiment important ou si elles n'ont investi que dans un but spéculatif. Il faut donc creuser, même s'il demeure un risque que cette décentralisation n'existe qu'en théorie. Cependant, je suis optimiste sur le long terme.
 
K. B. – Jack Dorsey vient d'ailleurs de lancer sa société, « Block », pour faciliter le minage des bitcoins. Il s'est donc bien lancé dans la course, contrairement à ce qu'il annonçait au départ.
 

L'autre grand sujet est la désintermédiation. Grâce à la blockchain, nous sommes aujourd'hui capables de programmer des applis transparentes et hypersécurisées qui peuvent remplacer les intermédiaires. La désintermédiation peut toutefois être un risque pour les médias, comment l'appréhendez-vous ?

K. B. – Du côté des médias, le même phénomène est apparu avec la diffusion de contenus sur les réseaux sociaux. Nous avions à l'origine le monopole de diffusion de l'information, puis sont apparus l'internet 2.0 et les réseaux sociaux où chacun pouvait fabriquer quelque chose et le diffuser librement sur internet. L'internet 3.0 va encore plus loin, car n'importe qui peut créer son contenu, mais aussi le monétiser à travers la blockchain et les NFT. Je n'ai besoin ni de chaînes télévisées ni de producteurs pour diffuser et commercialiser mon contenu. Je peux en gérer très facilement la partie économique via des « smart contracts ». Cela amène à une plus grande accessibilité et donc à une plus grande créativité. La notion de « gatekeepers » – qui décident de ce qui a le droit d'être diffusé et monétisé – en est presque annihilée.
 
Y. L. – J'aimerais parler d'un autre aspect intéressant que j'ai découvert grâce à un thread Twitter de Nicolas Colin. Il a établi une opposition entre l'avantage de la flexibilité du monde actuel et la rigidité du Web 3.0 avec les smart contracts. Il a notamment élaboré une comparaison entre la bureaucratie et le Web 3.0. Par exemple, si j'ai oublié de payer mes impôts, je peux aller voir l'inspecteur des impôts et lui faire part de mon erreur. Celui-ci peut alors passer l'éponge. Ce n'est pas possible avec l'univers du Web 3.0. Il subsiste un risque de rigidité trop importante qu'il va falloir résoudre si l'on ne veut pas que cela pose problème. Nous sommes des humains et non des robots. Kati Bremme a expliqué que les médias pouvaient décider de la diffusion ou non d'un contenu, mais c'est aussi le cas avec les smart contracts. La différence, c'est qu'avec un patron, on peut faire grève si la décision ne nous semble pas juste. Ce n'est pas possible avec un robot. 

Pensez-vous que le Web 3.0 et la blockchain peuvent favoriser la lutte contre le changement climatique ? Cette question peut sembler contre-intuitive au vu des aspects écologiques néfastes généralement abordés. Quel est votre avis sur la question ?

Y. L. – C'est une question piège. Aujourd'hui, nous avons tendance à parler de la blockchain au singulier alors qu'il en existe des dizaines de milliers. Les plus importantes sont Bitcoin et Ethereum, qui sont très énergivores. Elles le sont toutes, même si de plus en plus de projets émergent avec pour priorité de prendre moins d'énergie.
 
Vraiment ?
 
Y. L. – Quoi qu'il arrive, il faudra toujours des ordinateurs pour faire tourner les blockchains, il n'est pas question de les supprimer. Il n'y a pas de débat là-dessus, sauf si on parle de décroissance. Mais au-delà de l'aspect technique, le Web 3.0 donnera sûrement la possibilité à des personnes de faire naître de nouveaux projets innovants en matière d'environnement, comme l'arrivée d'internet l'avait déjà fait pour des centaines de milliards de personnes. Ce n'est jamais blanc ou noir et il est difficile de répondre à ce genre de question. 
 
K. B. – La conscience environnementale est dans l'air du temps. De nombreuses personnes se lancent dans des blockchains écoresponsables, notamment avec des projets comme la Small Tech Foundation. Mais pour moi, il faut aussi aborder l'aspect social. La blockchain permet à de plus en plus de personnes d'avoir accès à un outil de paiement auquel ils n'auraient pas forcément eu accès autrement. Par exemple, dans certains pays d'Afrique, où ils n'auraient peut-être pas pu ouvrir de compte en banque. 
 
Le traitement médiatique des médias sur la blockchain et le Web 3.0 est souvent critiqué. La solution serait-elle que les journalistes eux-mêmes achètent des NFT pour comprendre cet écosystème ?
 
K. B. – C'est sûr que c'est une des solutions, car on a l'impression de voir sur les chaînes télévisées des pseudo-experts qui ne s'y connaissent pas vraiment. Il existe donc deux solutions : inviter de vrais experts, ou bien se lancer. Pour être honnête, je ne suis pas du tout issue de l'univers des jeux sur lequel la philosophie du Web 3.0 est hautement basée. Je m'y intéresse, mais j'ai toujours un expert à côté de moi pour gérer les questions plus spécifiques. Il faut avoir l'humilité de l'admettre.
 

Quelles sont donc pour vous les prochaines étapes ?

K. B. – Pour moi, il faut vraiment résoudre la question de l'expérience utilisateur si l'on veut que le Web 3.0 devienne plus accessible. Pour cela, il faut plus de transparence afin que le plus grand nombre comprenne comment le Web 3.0 fonctionne et quels en sont les enjeux. La question de la réglementation est également primordiale pour éviter un certain nombre d'écueils et d'écarts qu'on a pu avoir sur les réseaux sociaux, notamment par rapport aux droits d'auteurs.
 
Y. L. – Personnellement, je pense qu'il faut nécessairement une évolution si on veut une adoption plus massive du Web 3.0. Il faut des personnes qui évangélisent, mais de manière beaucoup plus mesurée qu'aujourd'hui. J'espère qu'il va y avoir de plus en plus de personnes à comprendre que ce n'est pas blanc ou noir.

#Web 3.0

   
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Marques sur Instagram : un monde de clones ?

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Instagram compte parmi les plateformes les plus prisées par les marques. Qui tendent à développer le même type de contenu. Si bien qu'« une certaine ressemblance a commencé à s'infiltrer dans leurs identités », analyse Digiday dans son article « How 2020 killed the Instagram brand » : la même police de caractères sans-serif, les mêmes couleurs pastels comme le « millenial pink » ou le « sage green »...

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