Journalistes : profession désenchantée

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Journalistes : profession désenchantée

Journalistes : profession désenchantée

Propos recueillis par Alexandra Klinnik- Publié le 09 octobre 2021
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Épuisés par un métier « passion », les journalistes sont de plus en plus nombreux à quitter la profession. C'est le constat dressé par le sociologue Jean-Marie Charon et la chercheuse à l'université Le Havre-Normandie, Adénora Pigeolat, dans leur essai tout juste paru, Hier, journalistes. Ils ont quitté la profession, aux éditions Entremises : le nombre de cartes de presse délivrées a reculé de 10 % ces dix dernières années – un rythme de recul qui double même en 2020.

En 2009, le nombre de journalistes professionnels s'élevait à 37 392, contre 34 562 titulaires en 2020, selon les chiffres de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP).

Après avoir interrogé 55 journalistes en activité ou en cours de reconversion, la réalité est peu reluisante : hausse de la précarité, dégradation des conditions de travail, perte de sens, nature délétère des relations entre collègues ou avec la hiérarchie, transformation des médias qui « rendrait insupportables » les conditions d'exercice du métier, corps et santé qui flanchent... La sonnette d'alarme est tirée dans une profession en proie à une précarisation croissante. 

Story Jungle a échangé avec Jean-Marie Charon sur les raisons de ce désenchantement.

À partir de quel moment avez-vous pris conscience du désenchantement brutal des journalistes ? Quand avez-vous senti qu'il y avait matière à faire une enquête collaborative sur le sujet ?

En 2016, Christine Leteinturier, du Carism, laboratoire de l'Institut français de presse, a publié une enquête sur la situation de la profession. Elle y indiquait que la durée moyenne des carrières de journalistes était désormais de quinze ans ! D'autres signes d'alerte m'ont interpellé. Il y a quatorze ans, lors des premières Assises du journalisme, j'avais lancé un baromètre sur la profession, aux côtés de Jérôme Bouvier. Les journalistes devaient répondre à la question suivante : pensez-vous terminer votre carrière dans le journalisme ? Une personne sur deux – dans le secteur de la presse magazine et de l'audiovisuel – avait répondu par la négative. C'était assez préoccupant. À l'époque, j'avais attribué cette lassitude au fonctionnement de la pige, qui peut confronter à des problèmes d'épuisement.

Mais l'élément déclencheur a eu lieu lors du confinement. De nombreux journalistes évoquaient les raisons de leurs départs sur Twitter. J'ai alors lancé un appel à témoignages pour participer à une enquête : une soixantaine de personnes nous ont répondu ! On a resserré le panel en se donnant quelques règles : des départs assez récents et des gens déjà en activité.

Contraint par le confinement, le recueil des témoignages s'est fait par mail – moyen de communication aux multiples vertus. On s'est rendu compte que les personnes approfondissaient, précisaient beaucoup plus les choses qu'à l'oral. Ils acceptaient que l'échange dure, et cela pendant plusieurs mois. Les questions de harcèlement et de burn out ont été évoquées progressivement. Par ailleurs, le confinement a permis une grande diversité de fonctions, de médias : les gens étaient plus disponibles, certains en chômage technique.

Tous ces journalistes ont accepté de vous faire part d'un vécu très intime. Au-delà de la démarche sociologique, il y a une dimension psychologique assez forte. Avez-vous parfois eu l'impression d'avoir apaisé leur douleur ?

Oui, cela a été un problème. La co-autrice, Adénora Pigeolat, est davantage formée sur la question que moi : elle a fait des études de psychologie et est éducatrice spécialisée. C'est quelque chose qui continue à me peser. Cela fait très longtemps que je mène des enquêtes et des entretiens. En général, on ne nous remercie pas à la fin d'un entretien. Alors que dans le cadre de cette recherche, tous nous ont remerciés. Et cela continue : sur internet, dans les commentaires. On s'est retrouvés dans une position un peu gênante : des gens attendaient de nous un appui sur le plan personnel, psychologique. Certains nous ont dit que les entretiens ont été l'occasion pour eux de faire un point avec eux-mêmes. Cela est sans doute dû à la structure de notre questionnement : quel est leur rapport aux médias ? dans quel milieu ont-ils évolué ? quels problèmes ont-ils rencontrés ? 

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans les témoignages recueillis ?

Ma première observation a été de me dire : pourquoi nous parlent-ils tous en priorité de désenchantement et de perte de sens ? Ils n'ont pas évoqué tout de suite la difficulté du métier, le burn out, la violence de la hiérarchie. C'est venu après. La notion de métier passion a émergé. Tous rêvent de ce métier depuis l'adolescence – et non pas depuis la fac. Les valeurs occupent le premier plan. Par ailleurs, la deuxième surprise concerne les jeunes, qui sont de plus en plus nombreux à quitter la profession. Une petite moitié a 35 ans ou moins, à peine une dizaine d'années d'exercice du métier. Certains d'entre eux n'ont pas dépassé 30 ans, alors que l'entrée en journalisme se fait de plus en plus tard, un cursus universitaire de niveau Master s'imposant quasiment partout.

Un des autres constats concerne le départ des femmes quarantenaires. Elles sont les plus nombreuses en burn out – l'essai apporte cette information : « les femmes journalistes doivent jongler entre vie professionnelle et vie personnelle, aussi se sentent-elles poussées à montrer deux fois plus leurs capacités à tenir leur place, voire à monter dans la hiérarchie ». Enfin, les problèmes de discrimination salariale, d'évolution de carrière, de harcèlement de la hiérarchie, des collègues mais aussi de l'extérieur – les sources, le terrain, les réseaux sociaux constituent des problèmes d'une ampleur insoupçonnée.  

Ces journalistes coupent-ils les ponts avec la profession pour de bon ? N'y a-t-il pas un cordon ombilical qui subsiste ?

Certains gardent un lien, aussi minime soit-il. Ils continuent de faire quelques piges, même s'ils sont dans l'enseignement, ou autres réorientations. D'autres nous ont dit que si des opportunités pour faire du journalisme dans des conditions favorables se présentaient, ils iraient. Tout n'est pas forcément définitif.

Est-ce que les rédactions sont toujours dans le déni de cette souffrance ? Y a-t-il une réaction à votre essai de la part des hiérarchies ?

Vous avez raison de poser la question. Cela donne le pourquoi du livre. Lors des enquêtes qualitatives de ce type, il s'agit d'évoquer le vécu, le ressenti des gens. Il n'est pas question de le contester. En revanche, il faut mettre en perspective leurs propos par rapport à leurs interlocuteurs. Nous avons réalisé une enquête où ont été interrogés des responsables de rédaction, le service RH, des syndicats de journalistes. La réaction la plus systématique a été le déni : « C'est anecdotique », « cela a toujours existé », « c'est probablement pareil dans d'autres professions ». Face à ces réactions, on s'est dit qu'il fallait marquer davantage les choses. D'où l'idée de faire le livre, qui est une alerte. Nous verrons si cela conduira certains à évoluer dans leur appréhension du problème.

Chez Radio France, des enquêtes ont été mises en place autour des risques psychosociaux et des questions de harcèlement. Les locales de Radio France, notamment France Bleu, rencontrent de graves problèmes de harcèlement. Des dispositifs sont mis en place.

En tout cas, l'essai pose les mots sur une souffrance bien réelle, légitime, un vécu douloureux...

J'espère que personne ne conteste les témoignages. C'est pour cela que l'on a mis beaucoup de verbatim, tout en respectant l'anonymat des personnes concernées. Les gens contestent non pas la véracité des témoignages mais sa représentativité. Et cela continue. Sur Twitter, un des anciens responsables du SNJ m'interpellait sur la question du nombre. Mais le problème n'est pas le nombre, mais ce que l'on fait avec les problèmes dont les journalistes nous parlent. Il y a toujours une tentation de banaliser le sujet en disant que le phénomène n'est pas nouveau. Je vais continuer cette enquête en me concentrant sur la question des jeunes. Au début des années 2000, un ancien collègue, Loïc Hervouet, alors directeur de l'ESJ de Lille, évoquait le « blues » du journaliste de 40 ans. Le départ des jeunes n'était alors pas un sujet. On ne peut pas dire que cela a toujours existé.

Les institutions gouvernementales, les agences de communication, les grandes enseignes multiplient les annonces d'emploi de « journalistes », surfant sur le désespoir de journalistes...

Vous avez raison. Dans les grandes réorientations, il y en a une dont je ne m'attendais pas beaucoup : l'enseignement. La deuxième, plus commune, concerne la communication. Cela dit, lorsqu'on évoquait la communication dans le passé, on parlait plutôt des relations presse : attaché de presse, communicant d'un homme politique, d'une collectivité ou d'une entreprise. Aujourd'hui, ce que l'on voit davantage est la gestion de médias internes aux institutions. Les collectivités territoriales, par exemple, possèdent toutes leur site d'info. Beaucoup de ceux qui ont quitté la presse régionale pour se reconvertir dans la communication nous disent : on fait le même métier mais sur un support territorial. De la même manière que ceux qui étaient dans la presse spécialisée s'occupent de sites d'institutions qui étaient leurs sources.

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