Nouvelles pratiques du journalisme : « Le long format sert à enrichir le récit du réel »

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Nouvelles pratiques du journalisme : « Le long format sert à enrichir le récit du réel »

Nouvelles pratiques du journalisme : « Le long format sert à enrichir le récit du réel »

Par Alexandra Klinnik - Publié le 14 décembre 2019
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En début de semaine, Story Jungle a bravé la pluie (et la grève) pour assister à la 11e édition des Nouvelles pratiques du journalisme, consacrée cette année à l'avenir du long format dans le monde du journalisme et organisée par l'Ecole de Journalisme de Sciences Po.


Au menu, des interventions marquantes et des invités prestigieux : Serge Michel, directeur éditorial de Heidi.News, Jérôme Cazadieu, directeur de la rédaction de L'Équipe, Joël Bruandet, rédacteur en chef des longs formats à FranceTV, ou encore le journaliste iranien Hossein Derakhshan. Tour d'horizon des discours les plus inspirants, à l'heure « où les attentes qui pèsent sur les journalistes sont en pleine transformation et les moyens techniques en pleine modification », selon les mots de Frédéric Mion, directeur de Sciences Po.

La bataille de l'attention – avec Bruno Patino (Sciences Po, Arte)

Bruno Patino, doyen de l'Ecole de Journalisme de Sciences Po - © Ecole de Journalisme de Sciences Po
Que vaut notre temps d'attention aujourd'hui, à l'ère des plateformes numériques ? Comme le rapporte Bruno Patino, doyen de l'École de journalisme de Sciences Po, auteur d'un essai sur le sujet, La civilisation du poisson rouge (que nous avons interrogé pour Story Jungle), le temps d'attention se réduit à peau de chagrin. Celui des nouvelles générations se limite à 9 secondes sur les plateformes. À titre de comparaison, le temps d'attention du poisson rouge est de 8 secondes. « Aujourd'hui, on a besoin d'être sur-sollicités toutes les 9 secondes pour ne pas voir notre esprit vagabonder. »

Or, le modèle publicitaire des plateformes numériques dépend du temps d'attention capté. Le temps passé sur les interfaces est « le meilleur moyen de financer les médias et les réseaux », commente Bruno Patino. D'où une exploitation maximale de la part des plateformes de notre temps d'attention. Une manœuvre réussie, si l'on en croit les chiffres suivants : 23 % des personnes consultent leur téléphone avant de dormir et 41 % le consultent pendant la nuit, preuve d'une dépendance accrue aux réseaux.
«Aujourd'hui, en termes de temps, on est devenu des mines à ciel ouvert.  Plus on passe de temps à répondre aux sollicitations numériques, plus on nous hameçonne.»

Pour capter ce temps d'attention « du cerveau disponible », les grandes plateformes s'appuient sur des mécanismes scientifiques. Parmi les lois de neurosciences citées figure le mécanisme de récompense aléatoire. Face à de multiples sollicitations – aussi inégales les unes que les autres – l'utilisateur va répondre de façon de plus en plus compulsive. À l'image d'un joueur au casino qui ne mise pas par appât du gain mais par besoin effréné de jouer. Cette « économie de casino » est déployée aussi bien sur le newsfeed de Facebook, la timeline de Twitter ou encore sur les sites de rencontre : « Aujourd'hui, en termes de temps, on est devenu des mines à ciel ouvert.  Plus on passe de temps à répondre aux sollicitations numériques, plus on nous hameçonne. » Et plus on y répond, pris dans une boulimie numérique.

« Aujourd'hui, aux États-Unis, on reçoit sur son smartphone 46 notifications par jour » Fort de ce constat, Bruno Patino pointe la compétition qui fait rage entre toutes les plateformes pour capter à tout prix cette valeur rare qu'est l'attention. Une bataille incessante qui fatigue – à raison – les utilisateurs, à la fois d'un point de vue sensoriel – trop de sollicitations mettent à l'épreuve nos sens –, décisionnel – trop de choix à faire en permanence – et contextuel. « Le retour du long format est une réponse à ces trois fatigues », analyse Bruno Patino.
««  La longueur permet de reprendre la main sur cette lassitude. »»
L'exemple le plus récent de la fiabilité de ce raisonnement est le succès du Joker : avec des plans 8 à 10 fois plus longs qu'un Avengers et une intrigue complexe, le film a su séduire un public attiré ces dix dernières années par des scènes d'action rapides et des émotions vives et instantanées. En somme : la qualité prime sur la quantité !

La mécanique narrative – avec Charlotte Pudlowski (Louie Media)

Charlotte Pudlowski, co-fondatrice de Louie Media - © Story Jungle
Pourquoi les podcasts de Louie Media, notamment  Transfert ou encore Entre, rencontrent un tel succès ? Parce qu'ils reposent sur une mécanique narrative efficace et des personnages « atypiques ». Lors de son intervention, Charlotte Pudlowski, cofondatrice du studio de création de podcasts narratifs, a dévoilé les clés d'un récit réussi. 

S'inspirant des codes du storytelling américain, « récupérés en masse par la publicité », les histoires développées par Louie Media obéissent à des schémas narratifs précis, théorisés par le scénariste Blake Snyder dans l'essai Save The Cat! Pour immerger son auditeur, l'enjeu est d'alterner entre moments creux et intenses. « Il faut créer des montagnes », explique par métaphore Charlotte Pudlowski. À l'instar du premier podcast lancé par Louie Media en 2018, Entre, qui suit Justine, une collégienne. Le podcast s'attache à illustrer son quotidien à travers des épisodes marquants – lorsque Justine raconte le harcèlement scolaire qu'elle subit, lorsqu'elle tombe amoureuse... – et des passages plus anecdotiques – les dynamiques de récré, son Youtubeur préféré.
«Pour Justine, c'était parce qu'elle n'était pas un archétype qu'elle est devenue un vrai personnage»

Autre conseil prodigué par la journaliste : nourrir le récit de détails concrets et privilégier une narration au présent. Dans Transfert – un podcast dédié à des histoires de vie singulières –, le protagoniste fournit une multitude de détails qui aident l'auditeur à s'immerger. Par ailleurs, lors du choix de l'interlocuteur, « il faut chercher des gens avec de vraies spécificités et des contradictions. Pour Justine, c'était parce qu'elle n'était pas un archétype qu'elle est devenue un vrai personnage ». Pour qu'un récit fonctionne, il faut également avoir dès le départ un angle établi : « Ce qui fait la différence entre l'émission "C'est mon choix" et "Transfert" ou "Entre", c'est qu'il y a un vrai angle, une intention dans le récit. On ne raconte pas gratuitement. Il y a un vrai propos sur la société dans laquelle on vit. » 

Vive le feuilleton – avec Serge Michel (Heidi.news)

Serge Michel, directeur éditorial de Heïdi News - © Ecole de Journalisme de Sciences Po
«La newsletter à 6 heures du matin, c'est ça qui fait lire des papiers de 10 000 à 20 000 signes»

Une des interventions marquantes de cette conférence reste celle de Serge Michel (au CV impressionnant). Ancien directeur adjoint des rédactions au Monde, prix Albert-Londres du reportage en 2001, fondateur du Bondy Blog, il est récemment devenu cofondateur de Heidi.news, un nouveau média consacré au journalisme constructif dédié à la science et à la santé. Ce média financé par ses lecteurs, sans publicité, propose trois formats spécifiques : des « flux », des articles présentés en bullet points, très lisibles et rapides à lire sur des sujets spécifiques reliés à la science et à la santé, des « explorations » , « un format très long qui se présente sous forme de 6, 12 ou 20 épisodes, selon la dynamique de l'histoire », et une newsletter, Le Point du jour : « C'est notre best-seller. C'est le format qui nous permet de conquérir le plus d'abonnés. La newsletter à 6 heures du matin, c'est ça qui fait lire des papiers de 10 000 à 20 000 signes. » Pour le journaliste, la clé pour toucher les gens dans la vie quotidienne réside dans la capacité à savoir manier différentes temporalités complémentaires, en plus d'une qualité narrative indispensable.
«Le long format sert à enrichir le récit du réel»
En tant qu'ancien éditeur des pages Enquêtes du Monde, Serge Michel insiste sur la liberté de ton et le besoin d'avoir de vrais personnages (rejoignant ainsi les propos de Charlotte Pudlowski) lors des longs formats : « Je me souviens avoir eu de super reportages avec de belles photos. Mais le traitement des personnages est laissé de côté. Le journaliste passe généralement une heure ou deux avec son interlocuteur et la rencontre se résume à deux citations. » Pour le journaliste, « il y a une pauvreté dans la presse en général de ce que sont les personnages : leur complexité, leur évolution ». Ce qui importe aujourd'hui est de se libérer des « formes très formatées » et de « sortir des barrières mentales sur les genres journalistiques » : « Si on a 6 ou 12 épisodes pour raconter une histoire, il faut aussi bien mixer les dialogues que les descriptions. Il y a très peu de dialogues aujourd'hui dans la presse. Le long format sert à enrichir le récit du réel. »

Le futur du journalisme passe par le long format – avec Hossein Derakhshan (chercheur, ex-MIT Medialab)

Hossein Derakhshan, Researcher, ex MIT Medialab/chercheur - © Story Jungle
Connu sous le pseudonyme de « Hoder », le célèbre blogueur irano-canadien et chercheur Hossein Derakhshan a fait l'honneur de sa visite à Sciences Po pour évoquer l'avenir du journalisme à travers l'art. Un point de vue intéressant qui a attiré notre attention.

Le journaliste est parti du constat que notre consommation digitale a changé. Désormais, le verbe "voir" s'est substitué au verbe "lire", lorsque l'on consomme un contenu.  « Quand nous surfons sur Instagram ou Facebook, c'est finalement de la télévision que l'on regarde », commente, lucide, le pionnier du blog iranien. L'Internet du passé est celui du contenu écrit, de la multitude des sources et des arguments faisant appel à notre raison. Avec l'avènement des réseaux sociaux, Internet est devenu plus visuel, divertissant et émotionnel : le contenu recherché est celui du rire ou des pleurs. Face à cette transformation des usages, Hossein Derakhshan propose de mélanger journalisme et art, pour apporter de l'émotion au travers de l'information via des formats plus denses.

Un procédé qui semble trouver assez aisément son public. Ainsi, les documentaires Netflix sur des sujets d'actualité n'ont jamais été autant regardés : « Les gens préfèrent regarder des documentaires sur Netflix plutôt que de lire les infos sur ces sujets. Ils n'ont d'ailleurs pour la plupart jamais rien lu sur le thème. » Cela ne signifie pas que les gens ne sont pas intéressés par les faits, mais qu'ils y seraient davantage attentifs s'ils étaient présentés selon une narration "affective". Aujourd'hui, des formats plus originaux comme les pièces de théâtre traitant de politique ou les livres graphiques voient le jour et se démocratisent. Pour le journaliste, une chose est sûre : « Nous ne pouvons sauver la démocratie qu'en sauvant le journalisme. ». Les news auront toujours un aspect dramatique, il s'agit maintenant d'adopter une "affective narrative".

La journée des nouvelles pratiques du journalisme #npdj est disponible en replay.

Image de Une : © Ecole de Journalisme de Sciences Po

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