« Le public peut voir la preuve de ses propres yeux »

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« Le public peut voir la preuve de ses propres yeux »

« Le public peut voir la preuve de ses propres yeux »

Par Alexandra Klinnik et Gilles Prigent. Traduit de l'anglais par Emma Troude-Beheregaray.- Publié le 27 février 2021
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Chacune de leurs enquêtes est une bombe. L'équipe des Visual Investigations du New York Times est spécialisée dans la vérification des faits avec pour matière première les données libres d'accès sur le Net. Créé en 2017, le service a déjà reçu son prix Pulitzer en 2020. Malachy Brown, Senior Producer des Visual Investigations du New York Times, s'est prêté au jeu de l'interview pour Story Jungle. Il y évoque les coulisses de grandes enquêtes et donne des outils très utiles pour ceux qui souhaitent se lancer dans la course à l'enquête visuelle.

 Comment définiriez-vous les « Visual investigations » ?



Malachy Browne
Senior Producer des Visuals Investigations au NYT
Les Visual Investigations (le terme le plus approchant serait le journalisme de données en Français, ndlr) , se fondent sur l'utilisation de preuves spatiales, temporelles et audiovisuelles. La synthèse de ces éléments permet de faire la lumière sur des événements chaotiques tels que l'attaque du Capitole ou la fusillade de Las Vegas. Ce type de journalisme repose sur des preuves visuelles. Quand un gouvernement nie une frappe aérienne, une fusillade ou un certain comportement de la police, il existe très souvent des éléments factuels qui peuvent démontrer ce qu'il s'est vraiment passé. Notre travail repose sur des sources open web : images satellites, scanners audio, systèmes de localisation d'avion ou de bateaux. Toutes ces informations numériques combinées à du journalisme d'investigation et à du journalisme traditionnel aboutissent à une enquête exhaustive.

Comment s'organise l'enquête ?

Notre équipe est composée de journalistes open source, spécialisés dans le data journalisme. Nous avons également des monteurs vidéo et des animateurs graphiques. Et tout le soutien qu'une salle de rédaction peut offrir, comme des secrétaires de rédaction et des experts en audience. Cette équipe variée, en termes de compétences, compte environ dix-sept personnes. Nous venons de milieux et de pays différents : Chine, Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Irlande, États-Unis, Ukraine... C'est vraiment une équipe mixte. Et nous allons bientôt annoncer le nom d'une personne qui va nous rejoindre.

L'enquête sur l'explosion de Beyrouth était impressionnante en termes de production, de motion design... Comment se déroule le processus du début à la fin ? Comment choisissez-vous le bon sujet ?

C'est intéressant, car ce sujet était en partie un travail de notre équipe, mais il a surtout été mené par l'équipe graphiste. Il existe une autre équipe, une unité graphique complètement différente au New York Times. Nous travaillons face à face, à la rédaction. L'enquête est le résultat d'une collaboration entre notre service, le bureau international qui avait des journalistes à Beyrouth et l'équipe graphique qui a analysé les vidéos et créé une sorte de modèle 3D. Ce format explore le point de départ de l'explosion, sa propagation, et l'histoire des substances qui ont explosé. L'enquête a associé le journalisme d'investigation à l'analyse visuelle. Par ailleurs, avec un tel sujet, la chronologie importe. Les évènements sont retracés dans l'espace, avec Google Earth, un outil gratuit et très utile pour créer une sorte de mindmap de ce qu'il s'est passé. C'est un procédé que nous utilisons régulièrement.

Selon vous, quelle est la partie la plus difficile d'une enquête journalistique au sein de votre service ?

Tout dépend de l'événement. Quand la temporalité est très importante, nous partons des vidéos en open source qu'on trouve sur Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat et TikTok. Nous essayons de transformer les auteurs de ces vidéos en sources primaires. Nous pouvons alors les interroger et leur demander de nous fournir leur contenu directement depuis l'appareil utilisé pour réaliser les vidéos. Et c'est important parce que le document contient des métadonnées. Elles peuvent contenir des coordonnées GPS (la latitude et la longitude), et très souvent elles affichent l'heure exacte à la seconde près où la vidéo ou la photo ont été prises.

Ce sont des informations très importantes quand on recherche l'ordre des événements minute par minute. Cela peut être difficile. On ne se fie jamais à une seule information ou à une seule source. On a un exemple de cela avec les enregistrements russes, une série d'enquêtes que nous avons réalisée, entièrement fondée sur les enregistrements minutés de pilotes russes bombardant des hôpitaux. En trouvant la minute exacte à laquelle l'hôpital avait été bombardé grâce à des photos et à des vidéos, puis en vérifiant quel pilote bombardait à ce moment-là, où il était, dans quelle région de Syrie, nous pouvions lier une attaque spécifique à un pilote en particulier. Et à l'armée à laquelle il appartenait. Cela paraît simple alors que ces informations peuvent être cruciales.

Comment décidez-vous combien de ressources vous allouez à un sujet et combien de temps durera une enquête ?

C'est une très bonne question. La question que nous nous posons toujours, c'est d'abord : « Notre sujet sera-t-il visuel ? », car nous sommes une équipe de journalistes visuels. Et ensuite : « L'article révélera-t-il de nouvelles informations ? Ferons-nous avancer l'histoire ? Notre présentation ou notre angle de vue sera-t-il original ? Aura-t-il un impact ? Nos informations peuvent-elles déclencher, par exemple, une enquête du gouvernement ? »

Pour les enregistrements russes, l'enquête nous a pris entre sept mois et un an parce que c'est un sujet très vaste et complexe. C'est un événement important, nous avions des tas d'éléments de preuve : des mois d'enregistrements de pilotes, des milliers de relevés de vol, des journées entières de vidéos, des photos, des images satellites, des dizaines d'attaques sur des hôpitaux. Il fallait enquêter très minutieusement sur chacune d'entre elles. C'est un très gros problème systémique dans un conflit qui semble infini.

Une équipe de neuf personnes a donc travaillé pendant des mois, à traduire, à recueillir, à vérifier et à synthétiser tous les éléments de preuves concernant chaque attaque.

Comment voyez-vous l'avenir des Visual Investigations ?

De plus en plus de rédactions commencent à adapter le concept et c'est tant mieux. L'avantage de ce format est qu'il est transparent : le public peut voir de ses propres yeux la preuve mise en contexte. Cela permet d'expliquer l'événement. C'est pour moi le meilleur type d'enquête visuelle qui existe.

La BBC le fait, BBC Africa, BBC Arabic. Ils ont de bons journalistes. Le Washington Post a une petite équipe dédiée aux éléments de preuve visuels, donc ils s'y mettent eux aussi. Bien sûr, il y a Bellingcat en Europe. Ils se concentrent moins sur le visuel, mais ils adoptent une approche et une forme de journalisme similaires, même si le storytelling est différent. Le Wall Street Journal s'y met aussi, ainsi que NHK au Japon. Et il y a de très bons journalistes au Monde qui commencent à faire ce genre de travail. C'est en train de prendre de l'ampleur. C'est une forme de journalisme très accessible car on trouve beaucoup d'informations sur l'open web, et de nombreux outils gratuits sont à disposition. Cela n'implique pas forcément de grosses enquêtes de sept mois. Ce format peut aussi bien s'appliquer à une actualité qui vient de se produire qu'aux enquêtes sur le temps long. Et on peut le faire sous forme d'une vidéo linéaire qui demande un travail de production plus important ou sous forme d'articles interactifs où le texte accompagne des pastilles vidéos annotées, pour laisser le visuel raconter l'histoire.

Chaque rédaction peut adopter sa manière de faire, selon ses ressources. On peut consulter First draft news, avec beaucoup d'études de cas et de conseils, ou encore verificationhandbook.com qui offre des compétences en vérification des informations. Le Gijn, réseau mondial de journalisme d'investigation, propose aussi de nombreuses sessions enregistrées sur sa chaîne Youtube et des fiches de conseils écrites par des investigateurs du monde entier sur son site.

Avez-vous des conseils pour une rédaction qui voudrait se lancer ?

Le plus important, c'est qu'un rédacteur trouve un journaliste qui soit bon dans ce domaine et qui ait envie de le faire. Tout ce qu'il faut, c'est un peu de temps, un peu d'espace, et de la créativité pour se lancer. On peut commencer doucement. Il existe beaucoup d'ateliers, comme ceux de Bellingcat, qui offrent des outils. On peut participer à ces événements, mais il faut aussi faire ça tous les jours. On ne peut pas décider de faire une enquête visuelle après cinq mois sans en avoir fait, car c'est un savoir-faire. C'est comme jouer d'un instrument : il faut s'entraîner, développer des techniques et des outils, ce genre de choses. Il faut aussi savoir sortir du cadre de la ligne éditoriale de sa rédaction, regarder au-delà, pour trouver de l'inspiration, des sujets, des pistes. De fait, les sujets arrivent souvent de l'open web. C'est le genre de mentalité qu'il faut avoir.
Quelles relations entretenez-vous avec l'équipe papier ? Elles sont très bonnes maintenant. Nous travaillons très régulièrement avec l'équipe papier, surtout sur les gros projets. Les journalistes papier adorent travailler avec des supports visuels. Et c'est un défi graphique pour eux, un moment de liberté créatrice. En général, nous publions en ligne, par exemple une vidéo ou un article interactif. Et ensuite nous travaillons avec l'équipe papier. Parce que d'abord, nous devons travailler dur pour finir les produits numériques et les publier. Après, nous avons une stratégie de promotion de tous ces contenus. Et enfin nous travaillons avec l'équipe papier. Lors de la dernière phase de production, quand nous avons un script ou un article presque terminé, nous l'envoyons à l'équipe papier pour qu'ils puissent commencer à travailler, à réfléchir, à prendre de l'avance. Les images et les graphiques doivent souvent être refaits et retraités pour être imprimés clairement. Mais l'enquête est faite. 

Pour en savoir plus sur les Visual Investigations du New York Times, on vous conseille cette vidéo de Malachy Browne et son équipe décrivant leurs méthodes de travail dans le détail. 

Photo de Une : Malachy Browne et son équipe Visual Investigations (2020). Crédit : New York Times.

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